Sylvain Kerspern - dhistoire-et-dart.com
Jacques Stella - Catalogue - Florence, oeuvres datées de 1618-1619

La flagellation, Le joyeux buveur
Catalogue : Florence, mosaïque - Table Stella - Table générale
Contacts : sylvainkerspern@gmail.com
Mise en ligne le 10 octobre 2013
La flagellation
Plume et lavis de bistre. 18,8 x 28 cm. Signé et daté Jac.~ Stellarij Inven~, fecit 1618.

Historique : collection Jean Masson (1856-1933); don en 1925. Paris, ENSBA, Mas.2174.

Bibliographie : Kerspern 2006-3 (fig. 1); Kerspern 2008, fig. 1.
La proposition de rendre à Jacques Stella ce dessin, publiée initialement sur La Tribune de l’art, se base sur une signature franche mais dont la conclusion du nom peut faire hésiter. Les inscriptions portées sur d’autres feuilles, dessins ou gravures, montrent que Stella n’en fixe pas la formulation avant Rome. La feuille présente, par ailleurs, suffisamment de connections avec ce que Stella produit ensuite (contours flottants des architectures florentines, accidents du murs du fond, détail familier du chien couché, retenue des expressions...) pour conforter la signature et nous indiquer, à ce jour, le point de départ de l’artiste.
La réserve signalée par le trait plus ou moins droit sous lequel prend place la signature suggère la préparation d’une gravure, comme le fait de souligner l’invention de la composition. Stella installe son sujet dans une ville moderne, et le propose comme un spectacle presque dénué de passion, hors le visage du Christ. Les personnages au premier plan sont plus fermement travaillés que ceux du fond, dans un style mêlant influences flamandes (types peu idéalisés, costumes) et italianisantes (anatomies), adaptation encore timide, sans doute, de sa première formation lyonnaise.

S.K., Melun, septembre 2013


Un joyeux buveur
Plume. 26,5 x 21 cm. Signé et daté Stella fecit In./ 1619

Historique : marque de collectionneur non identifiée (Fileol? B. Fillon? - L 967). Collection Guichardot, marchand (mort en 1875, sa vente, n°465?), acquis par Philippe de Chennevières (1820-1899) (sa marque, L 2072), vente, 4-7 avril 1900. Vente Drouot, Paris, 17 avril 1985n°118. Vente Millon Paris, 12 avril 2013 n°98, acquis par l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.

Bibliographie : Chennevières 1896-I, Année 66, t. 11, p. 259-260; Kerspern 1994, p. 135, n. 9; Albert-Bertin Fabienne, «Regards sur les premières années de la création de Stella à Florence», cat. exp. 2006, p.25, note 3; L.-A. Prat, L. Lhinares, La collection Chennevières, quatre siècles de dessins français, Paris, 2007, n°653, p. 388, (repr. comme anonyme XVIIème français d’après une communication orale de Jacques Thuillier); Sylvain Kerspern, «Biographie de Jacques Stella», dhistoire-et-dart.com, 2007- ; Sylvain Kerspern, «Jacques Stella par Jacques Thuillier», IIa, dhistoire-et-dart.com, mars 2008.

Les lignes écrites par Chennevières, n’était le poncif qui fasse de l’amitié de Poussin la raison principale voire unique de l’élaboration par Stella de son langage noble, mesuré et « classique », sont justes et situent bien le dessin dans le contexte florentin. Il énumère à la suite d’autres dessins « de genre » en sa possession, dans un style tout autre, mais qui témoignent tout autant de son attention au réel jusqu’au soir de sa vie (étudiés notamment par Gail Davidson, 1976; voir aussi ma recension pour la Tribune de l’art). De fait, on ne peut négliger les origines flamandes de l’artiste formé dans le milieu lyonnais, carrefour entre les Flandres et l’Italie : il en aura retiré un goût pour les détails familiers, et une approche analytique qui participe de l’apparente froideur de son style, parvenu à sa maturité.

À cela s’ajoute l’impact de la pratique de la gravure. Elle renforce la restitution des formes et de la lumière par hachures ou petits traits, plus ou moins croisés, ou les plages laissées en réserve que Jacques avait pu relever chez son père, visible par exemple dans le dessin du Louvre fait à un âge voisin. On en retrouve la trace dans tout un ensemble de témoignages graphiques (dessins ou estampes) placés sous son nom qui, pris isolément, peuvent faire hésiter à les conserver à Stella mais dont le rassemblement fait saisir la cohérence. J’ai étudié ce groupe de façon plus ou moins exhaustive en 1994, en 2008 et sur ce site, à propos de la monographie de Jacques Thuillier.

Malgré une facture assez nettement différente - en raison du sujet et du fait de sa plus grande maîtrise de la plume -, ce dessin vient donc tout naturellement prendre place auprès de la Flagellation de l’Ensba, de 1618, au début de la carrière du peintre, par le mélange italo-flamand de ses sources et le rapport à la gravure. Il faut se féliciter de son entrée dans les mêmes collections, grâce à Emmanuelle Brugerolles.

S.K., Melun, septembre 2013

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