Sylvain Kerspern - dhistoire-et-dart.com
Jacques Stella - Catalogue - Florence, oeuvres datables de 1618-1620

Saint Jérôme, gravure - Enfants nus dansant devant une hôtellerie, gravure - Trois femmes et un enfant, dessin - La sainte parenté, peinture

Catalogue : Florence, mosaïque - Table Stella - Table générale
Contacts : sylvainkerspern@gmail.com
Mise en ligne le 9 novembre 2013
Premières fois...

Pour Daniel Ternois

Mises en regard du petit chapitre florentin pour 1618-1619, voici d’autres oeuvres inaugurant, à ce jour différentes pistes suivies, plus ou moins longtemps, par Jacques Stella : première eau-forte, premier dessin de genre, premier regard sur l’enfance, première peinture... On ne peut exclure que certaines puissent glisser quelques mois sinon un an plus tard mais la précocité est assurée.

Le détail des références bibliographiques, en l’absence de lien vers l’ouvrage consultable en ligne, peut se trouver en cliquant sur Bibliographie.
Saint Jérôme pénitent
Eau-forte. Annotée J. Stella sur l’exemplaire de la Bibliothèque Nationale de France; Da 20 fol. (Microfilm E73606).


Bibliographie : inédit.
La gravure figure dans l’oeuvre de Stella au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale de France, avec une lettre(?) effacée reprise à la plume à côté. Le travail du trait et du pointillé se met en place de manière encore un peu brouillonne mais la restitution en lignes parallèles de la roche sur laquelle sont le crâne et le livre annonce ce qui se voit dans le Songe de Jacob, de 1620. Plus nettement encore, on peut rapprocher les deux mains refermées du saint, ici, et du Joyeux buveur (ci-contre), aussi bien par la traduction graphique des ombres et, en réserve, de la lumière que de leurs formes générales, en particulier le pouce allongé. La tête du docteur de l’Église rappelle les barbus suppliciant le Christ du dessin de 1618, tandis que les éléments naturels correspondent aux indications paysagères des oeuvres florentines. Tout concourt donc à placer cette estampe parmi les toutes premières de Stella, sinon son premier essai dans la pratique de l’eau-forte, en 1618 ou 1619.

S.K., Melun, octobre 2013

Trois femmes dont une se lave les pieds et un enfant
Plume et encre brune. 7,9 x 8,1 cm. Annotée Jac. Stella en bas à droite.


Historique : coll. Pierre-Jean Mariette (1694-1774). Coll. Charles Bourgevin de Vialart de Saint-Morys (1772-1817); saisie révolutionnaire. Louvre, Inv. 32881.

Bibliographie : Kerspern 1994, p. 120, fig. 3 (vers 1620); cat. expo. Lyon-Toulouse 2006, p. 64. cat. 11 (rapproché de la facture des gravures florentines); Kerspern 2008, p. 123, 124.
Cette petite feuille fait partie de tout un ensemble m’ayant permis il y a vingt ans de caractériser le style graphique de Stella à Florence et dans les toutes premières années romaines, sur les exemples de Cigoli, Poccetti ou Boscoli - mais aussi de Stella père. Elle montre un artiste déjà attentif au quotidien. La figure de la femme tenant la cruche, la main sur un ventre vaguement proéminent, le profil au front bombé, nez et menton fins, trahit le regard sur le maniérisme aussi bien florentin que lorrain, via Callot. Le lien avec la gravure montrant des Enfants nus dansant devant une hôtellerie (ci-dessous) est évident. La facture plus économe que celle du Joyeux buveur de 1619 marque peut-être un nouveau pas franchi mais il me semble que dans un format voisin, la feuille du Louvre n’a pas la fluidité de la gravure du Vendeur de tripes pour chat de 1621. La gradation dans la profondeur de la force du trait rappelle le Songe de Jacob, de 1620. Une situation encore précoce, en 1619-1620, semble donc la plus vraisemblable.

S.K., Melun, octobre 2013

Enfants nus dansant devant une hôtellerie
Eau-forte. 12 x 15,7 cm. Signée Jaque Stella fecit en bas à gauche; réserve demeurée vierge en bas.


Bibliographie sommaire : Robert-Dumesnil 1844-1871, VII, p. 161 n°4; IX (suppl. Duplessis), p. 307, n°4; Thuillier 1960, p. 109, n. 137; Kerspern 1994, p. 119, 122, fig. 2 (vers 1620) ; cat. expo. Lyon-Toulouse 2006, p. 63. cat. 9; Kerspern 2008, p. 122 (et erratum 2013), 123.

Flagellation, dessin, 1618


Le vendeur de tripes pour chat, gravure, 1621
Catherine Goguel a éclairci le sens de cette curieuse représentation, du moins son contexte : la coutume florentine de la Calen’di Maggio, calende de mai célébrant le retour de la végétation au printemps, dont la grosse branche suspendue au-dessus de la porte est le signe. Il fallait bien cela pour que les enfants se dénudent. Stella amorce ici une illustration des traditions de la ville des Médicis, mais contrairement aux Tributs de 1621 et au dessin de la Foire du Prato, sans songer encore à une dédicace avec armoiries. Au demeurant, le sujet en est plus populaire. Il se peut que notre artiste démarque également Callot, et sa restitution de la commedia dell’arte : la danse de ses Capricci dédiés à Lorenzo Medici (vers 1616); et les Balli di Sfessania (idem), dont certaines postures paraissent sources de son inspiration; ainsi, comme le rappelle Sylvain Laveissière reprenant Gilles Chomer, que ses deux Pantalons. Un enfant sollicite la récompense pour le divertissement, déployé au son de la jeune femme guitariste assise à gauche : le couple qu’elle forme avec l’homme au chapeau, assis sur une chaise, pourrait diriger la petite troupe.

La situation chronologique de cette gravure n’est pas facile à cerner. La technique, recourant surtout aux hachures parallèles, est celle des estampes de 1621 mais il est clair que la maîtrise en est moindre; la typologie est hybride, certains visages aux pommettes saillantes, fronts bombés, plutôt « lorrains » sont ceux des tout débuts tandis que d’autres (les adultes sur la droite) sont plus florentins dans leurs rondeurs. Que penser alors du rapprochement avec le Songe de Jacob dont la technique est plus fine et semble clarifier l’essai du Saint Jérôme (au haut de cette page)? En fait, il en perfectionne encore la pratique dans le Saint Georges, composition sans doute entreprise en Toscane mais gravée en 1623 à Rome. Il semble donc que Stella ait maintenu ensemble ces deux langages, comme il travaille à la plume avec hachures aussi bien qu’avec du lavis, par exemple. Dans ces conditions, une situation au printemps 1619 ou 1620 paraît raisonnable. Ainsi se trouve inauguré une veine, dédié à l’enfance, que Stella, qui n’aura pour héritiers que des neveux et nièces, poursuivra toute sa vie, que ce soit par le genre ou par les sujets d’histoire.

S.K., Melun, octobre 2013

La sainte parenté
Huile et or sur cuivre. 35,6 x 26,4 cm.


Historique : acquis à Valence dans les années 1830; vente Sotheby's Londres, 28 avril 2006, n°112.

Bibliographie : cat. expo. Lyon-Toulouse 2006, p. 88-89 (envoi de Rome?); Kerspern 2006, à propos du cat. 35, en regard de la fig. 17(1620-1625).


Saint Jérôme, eau-forte.


Flagellation, dessin, 1618. Paris, Ensba


Songe de Jacob, eau-forte, 1620
Lors de son apparition chez Christie’s, en avril 2006, le nom de Stella s’est imposé, ainsi que sa situation en Italie. Son acquisition par le musée de Lyon permit de le présenter à l’exposition monographique de 2006-2007, consacrant l’attribution. La datation proposée restait prudente (entre 1623 et 1634, entre 1627 et 1630 selon la place dans le catalogue). Pour ma part et comme dit dans ma recension de cette manifestation dès décembre 2006, une situation très précoce me semblait nécessaire, en fonction de liens avec la gravure de la Danse des enfants nus et de tout un ensemble de dessins et de gravures dont certains, selon mon article de 1994, devaient prendre place à Florence ou dans les premiers temps à Rome. Je souhaite aller ici au bout de cette logique, maintenant que la cohérence du corpus toscan me semble établie, en faisant remonter le cuivre parmi les tout premiers ouvrages de Stella, et en lui donnant le numéro inaugural du catalogue des peintures connues à ce jour.


Levons d’abord la réticence qui pourrait provenir du lien avec l’Espagne, que les documents, désignant souvent le rôle de la protection des Barberini, attestent sans discussion de 1624 à 1634. En dehors du fait que la peinture n’y est attestée qu’assez tardivement, au fond (vers 1830), il faut rappeler que le duc Cosme II et sa cour avaient de bonnes raisons d’entretenir des relations avec cette puissance, autant dans son souci d’équilibre diplomatique avec la France (partagé avec les Barberini, pourtant francophiles) que parce qu’il avait épousé la soeur de la reine d'Espagne.

L’iconographie est particulière et, avec la lumière et le recours à l’or, peut avoir maintenue la piste espagnole pour l’attribution initiale, par son traitement spectaculaire et affectif. Pour autant, cela sert aussi d’argument en faveur du séjour à Florence. Le caractère exceptionnel du sujet tient au fait que le petit saint Jean-Baptiste, saint patron de la ville, et sa famille soient conviés au dialogue de l’enfant Jésus avec Dieu, pour appuyer encore le sens de la composition : le chemin du Christ est de refuser les honneurs du monde pour retourner à son Père. De même, le sentiment religieux pourrait correspondre aux préoccupations spirituelles du duc, particulièrement favorable aux Franciscains. Enfin, Félibien a souligné son invention d’un procédé permettant de peindre des rideaux d’or. Nous avons dans notre cuivre le témoignage le plus ancien connu de ce recours précieux à ce métal, pour les auréoles comme pour les ornements et les rehauts lumineux des vêtements.

Le style, surtout, conforte cette option chronologique. Les formes cambrées ou anguleuses, dans les visages, sont celles de la Danse; l’expression pâmée est aussi celle du Saint Jérôme, affectée et maniériste; la main démonstrative, levée haut de la Vierge, comparable à celles du dessin de 1618, de la Danse ou du dessin de genre du Louvre. Le traitement économe des physionomies, des mains, des drapés ou du décor trahit sans doute des recherches encore peu avancées dans le domaine. Malgré cela, les premiers éléments de la poétique du peintre sont en place : ainsi du thème de l’enfance - et un angelot joufflu, parmi ceux tenant la croix, se retrouvera souvent dans son oeuvre -, de celui des jeux, du saint Jean monté sur l’agneau, ou du détail humoristique, bon-enfant de celui ayant passé sa tête entre deux barreaux de l’échelle...

S.K., Melun, novembre 2013

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